>
Macrominéral

Phosphore

P · PO₄³⁻ · ATP · ADN · Hydroxyapatite · FGF-23

Le phosphore est présent dans l'ATP, l'ADN/ARN, les phospholipides membranaires et l'hydroxyapatite osseuse. Sa carence est quasi-inexistante dans les pays développés — l'enjeu est son excès via les phosphates additifs des aliments ultra-transformés, qui stimulent le FGF-23 et peuvent compromettre la santé cardiovasculaire et rénale.

Données clés

Numéro atomique15 — PO₄³⁻
ClasseMacrominéral
AS adulte (ANSES 2021)550 mg/j
AI EFSA 2015550 mg/j
Consommation française~1200–1500 mg/j (excès)
Répartition corporelle85% os · 15% tissus mous

Tous les minéraux — Référentiel ScienSanté

Qu'est-ce que le phosphore ?

Le phosphore (P, Z=15) est le sixième élément le plus abondant dans le corps humain adulte (~700 g totaux, soit environ 1% du poids corporel). Il est présent dans pratiquement toutes les molécules biologiques :

  • Squelette et dents : 85% sous forme d'hydroxyapatite [Ca₁₀(PO₄)₆(OH)₂] — partenaire inséparable du calcium dans la minéralisation osseuse
  • ATP, ADP, AMP : la phosphorylation est le mécanisme universel de stockage et de transfert de l'énergie dans les cellules
  • ADN et ARN : le squelette phosphodiester des acides nucléiques porte les charges négatives qui stabilisent la double hélice
  • Phospholipides : composant structural essentiel de toutes les membranes biologiques (phosphatidylcholine, phosphatidylsérine, etc.)
  • 2,3-DPG érythrocytaire : régulateur de l'affinité de l'hémoglobine pour l'oxygène
  • Signalisation cellulaire : inositol triphosphate (IP3), AMP cyclique, protéines kinases (phosphorylations = interrupteurs biologiques)

FGF-23 : hormone osseuse phosphaturique

Le Fibroblast Growth Factor 23 (FGF-23) est une hormone peptidique sécrétée par les ostéocytes en réponse à des apports phosphatés élevés et à une augmentation du 1,25(OH)₂D₃ (calcitriol). Elle agit sur le rein (via le co-récepteur Klotho) pour : réduire la réabsorption tubulaire du phosphate (en diminuant l'expression de NaPi-2a et NaPi-2c), inhiber la 1α-hydroxylase rénale (réduisant la production de calcitriol), et augmenter l'excrétion rénale du phosphate (phosphaturie). Dans la maladie rénale chronique (MRC), la filtration glomérulaire diminue → rétention du phosphate → élévation massive de FGF-23 compensatoire → mais quand le rein ne peut plus excréter, hyperphosphatémie → calcifications vasculaires et tissulaires. Les taux élevés de FGF-23 sont un biomarqueur indépendant de mortalité cardiovasculaire dans la MRC (Gutierrez OM et al., N Engl J Med 2008, PMID: 18784101).

Références

Gutierrez OM et al. Fibroblast growth factor 23 and mortality among patients undergoing hemodialysis. N Engl J Med. 2008;359(6):584-92. PMID: 18784101 · EFSA NDA Panel. DRVs for phosphorus. EFSA Journal. 2015;13(7):4185. doi:10.2903/j.efsa.2015.4185

Recommandations nutritionnelles — ANSES 2021 et EFSA 2015

PopulationBNM (ANSES 2021)RNP/AS (ANSES 2021)AI EFSA 2015LSS (EFSA)
Adultes ≥18 ans (H&F)AS : 550 mg/j550 mg/jNon définie
Adolescents 12–17 ansAS : 640 mg/j640 mg/j
Femmes enceintes et allaitantes550 mg/j550 mg/jNon définie
Consommation française réelle~1200–1500 mg/j (excès net)
Sources : ANSES 2021 · EFSA NDA Panel. DRVs for phosphorus. EFSA Journal. 2015;13(7):4185. doi:10.2903/j.efsa.2015.4185
Excès alimentaire — enjeu réel dans les pays développés : La carence en phosphore est quasi inexistante dans les pays développés car le phosphore est présent dans presque tous les aliments. L'enjeu est l'excès : les phosphates inorganiques ajoutés dans les aliments ultra-transformés (charcuteries, fromages fondus, sodas au cola, pains de mie industriels) contribuent massivement aux apports. Ces phosphates inorganiques sont absorbés à presque 100% (vs 50–60% pour le phosphore organique des aliments naturels), générant des apports souvent 2–3 fois supérieurs à l'AS.

Sources alimentaires de phosphore

Sources naturelles (phosphore organique, absorption ~50–60%)

Graines de courge (30g)
~400 mg
Parmesan (30g)
~240 mg
Saumon (100g)
~310 mg
Lentilles cuites (100g)
~180 mg
Œuf entier (1 gros)
~100 mg

Sources industrielles à surveiller (phosphates inorganiques, absorption ~90–100%)

Cola (500 mL — acide phosphorique)
~70 mg phosphate inorganique
Jambon transformé avec polyphosphates (100g)
~200–350 mg phosphate inorg.
Fromage fondu (30g)
~250 mg phosphate inorg.
E338–E452 (phosphates alimentaires) : Sur les étiquettes alimentaires, les phosphates additifs sont déclarés sous les codes E338 (acide phosphorique), E339 (phosphate de sodium), E340 (phosphate de potassium), E341 (phosphate de calcium), E450–E452 (polyphosphates). Ces additifs sont technologiquement utiles (rétention d'eau, texture) mais contribuent à un excès d'apport de phosphate inorganique hautement biodisponible.

Interactions du phosphore

  • Calcium — équilibre Ca/P : Le ratio alimentaire calcium/phosphore influence la minéralisation osseuse. Un ratio Ca/P trop bas (apports de P très élevés + Ca insuffisant) peut stimuler la PTH et réduire la densité osseuse. L'alimentation ultra-transformée (pauvre en calcium, riche en phosphate) est particulièrement défavorable.
  • Vitamine D — interaction bidirectionnelle : Le calcitriol augmente l'absorption intestinale du phosphate. Inversement, l'hyperphosphatémie inhibe la production de calcitriol via FGF-23 et une régulation directe de la 1α-hydroxylase.
  • Aluminium (antiacides) : Les antiacides à base d'hydroxyde d'aluminium (Maalox®, certains gels antiacides) chélatent le phosphate dans le tractus gastro-intestinal, formant des phosphates d'aluminium non absorbables. Cet effet est exploité thérapeutiquement dans l'IRC pour réduire l'absorption du phosphate (chélateurs du phosphate), mais peut causer une hypophosphatémie sévère chez des patients sains.

Sommaire

Définition & rôles biologiques Recommandations ANSES/EFSA Sources alimentaires Interactions

Phosphore SciensLab

Non prioritaire — apports généralement excessifs

Voir le produit →