Le système endocannabinoïdien — architecture et fonctions

Le système endocannabinoïdien (SEC) est un système de signalisation lipidique rétrograde omniprésent dans l’organisme humain, découvert en 1992 par Raphael Mechoulam lors de la recherche sur les mécanismes d’action du THC. Il comprend les récepteurs cannabinoïdes, les ligands endogènes (endocannabinoïdes) et leurs enzymes de biosynthèse et de dégradation.

Sa fonction principale est de maintenir l’homéostasie biologique — en régulant la communication entre cellules et systèmes de façon bidirectionnelle et contextuelle. Contrairement à la plupart des neurotransmetteurs qui voyagent du neurone présynaptique vers le neurone postsynaptique, les endocannabinoïdes fonctionnent à contre-courant (rétrograde) : ils sont synthétisés par le neurone postsynaptique et agissent sur le neurone présynaptique pour moduler — généralement inhiber — la libération de neurotransmetteurs.

🔬 Les composants du système endocannabinoïdien classique

Les récepteurs CB1 et CB2 : CB1 et CB2 sont des récepteurs couplés aux protéines G (GPCR), se couplant principalement à des protéines G inhibitrices. Ils inhibent l’adénylate cyclase et certains canaux calciques voltage-dépendants, stimulent les kinases MAP et les canaux potassium rectifiants entrants (GIRK), et recrutent les bêta-arrestines. La diversité de la signalisation CB1 est renforcée par leur propension à hétérodimériser avec d’autres GPCR, notamment les récepteurs D2 dopaminergiques, hypocrétine et opioïdes.

CB1R : Récepteur G-protéine couplé le plus abondant dans le cerveau — densité particulièrement élevée dans la substance noire, le globus pallidus, l’hippocampe, le cortex cérébral, le putamen, le cervelet et l’amygdale. Également exprimé dans les adipocytes, les hépatocytes, les muscles et la peau. Médie les effets psychoactifs et analgésiques des cannabinoïdes.

CB2R : Principalement associé aux cellules immunitaires — macrophages, cellules dendritiques, lymphocytes intraépithéliaux — et à la microglie cérébrale. CB2R diminue la libération de TNF-α, IL-1β et IL-6 tout en régulant positivement la sécrétion d’IL-10, conduisant à un microenvironnement immunitaire anti-inflammatoire et tolérogène. Également présent dans le cerveau et le tissu osseux.

Review of the Endocannabinoid System. PMC7855189 · The ECS in Human Disease. IJMS. 2025;26(22):11132

Les endocannabinoïdes — ligands naturels du système

✦ Anandamide (AEA — N-arachidonoyléthanolamide)

Agoniste partiel CB1/CB2 Agoniste TRPV1 « Molécule de la béatitude »

L’anandamide (du sanskrit ananda — béatitude) est le premier endocannabinoïde découvert. Il se fixe préférentiellement sur CB1, mais aussi sur CB2 et sur le récepteur TRPV1 (vanilloïde, impliqué dans la thermoception et la nociception). L’anandamide est un agoniste partiel de CB1 — moins puissant que le THC — ce qui explique pourquoi les endocannabinoïdes ne produisent pas d’effets psychoactifs comparables au cannabis exogène dans des conditions normales. Il est synthétisé à la demande (pas de stockage préformé) par la NAPE-PLD (N-acyl-phosphatidyléthanolamine phospholipase D) et rapidement dégradé par la FAAH (fatty acid amide hydrolase). Sa demi-vie courte est l’une des raisons pour lesquelles l’inhibition de la FAAH est une cible thérapeutique d’intérêt.

✦ 2-AG (2-arachidonoylglycérol) — le plus abondant

Agoniste complet CB1/CB2 100–1000× plus abondant qu’AEA

Le 2-AG est l’endocannabinoïde le plus abondant dans le cerveau — 100 à 1000 fois plus concentré que l’anandamide. Contrairement à l’AEA (agoniste partiel), le 2-AG est un agoniste complet de CB1 et CB2 — médiateur principal de la signalisation cannabinoïde rétrograde dans le cerveau. Synthétisé par les DAGLα et DAGLβ (diacylglycérol lipases), dégradé principalement par la MAGL (monoacylglycérol lipase) et accessoirement par ABHD-6 et COX-2. Des études montrent que le 2-AG est également un inhibiteur puissant de l’activation leucocytaire et de la libération de cytokines inflammatoires — faisant de lui un anti-inflammatoire endogène majeur.

Le « système endocannabinoïdien élargi » (endocannabinoidome)

Au-delà des récepteurs CB1/CB2 classiques, le SEC s’est étendu à une famille plus large de récepteurs lipidiques :

  • GPR55 : parfois appelé « CB3 » · cible du lysophosphatidylinositol et du CBD · impliqué dans la douleur chronique, l’inflammation et le métabolisme osseux
  • GPR18 : impliqué dans la migration cellulaire et le tonus oculaire
  • GPR119 : exprimé dans le pancréas et l’intestin · régulation de l’insulinosécrétion et de l’appétit
  • TRPV1, TRPV2, TRPA1, TRPM8 : canaux ioniques thermorécepteurs et nociceptifs · cibles de l’AEA et du CBD · impliqués dans la thermosensibilité, la douleur et l’inflammation neurogène
  • PPARα et PPARγ : récepteurs nucléaires impliqués dans le métabolisme lipidique et l’inflammation · cibles des endocannabinoïdes et du CBD
  • 5-HT1A : récepteur à la sérotonine · cible du CBD · mécanisme anxiolytique et antidépresseur

Rôles biologiques — un régulateur universel

Le système endocannabinoïdien est un système de régulation primaire de la physiologie humaine qui aide à maintenir l’homéostasie dans le système nerveux, le système immunitaire et le système gastro-intestinal. Ses fonctions biologiques documentées couvrent pratiquement tous les grands systèmes de l’organisme.

SystèmeRôle du SECImplication clinique
DouleurModulation descendante de la nociception · inhibition de la libération de substance P et CGRP · sensibilisation des TRPV1 par AEADouleur chronique · fibromyalgie · migraine · neuropathies
InflammationCB2R → ↓ TNF-α, IL-1β, IL-6 · ↑ IL-10 · inhibition leucocytaire par 2-AG · PPARγ anti-inflammatoireMICI · polyarthrite · neuroinflammation
Anxiété et humeurCB1R hippocampique → régulation de la réponse au stress · AEA → équilibre émotionnel · 5-HT1A (CBD)Anxiété généralisée · PTSD · dépression
SommeilCB1R → promotion du sommeil lent · régulation des cycles veille-sommeil · AEA → induction du sommeilInsomnie · troubles du sommeil dans la douleur chronique
Appétit et métabolismeCB1R hypothalamique → stimulation de l’appétit · GPR119 pancréatique → insulinosécrétion · CB1R adipocytaire → métabolisme lipidiqueObésité · anorexie · diabète T2
NeuroprotectionAEA et 2-AG → antioxydants neuronaux · régulation apoptose · neurogenèse hippocampiqueMaladies neurodégénératives · TBI · AVC
ImmunitéCB2R sur mastocytes et lymphocytes · régulation T-regs · modulation de la tolérance immune muqueuseMaladies auto-immunes · SAMA · allergies
IntestinCB1R entérique → régulation motilité, perméabilité · CB2R muqueux → tolérance immune · SEC = régulateur de l’axe microbiote-intestin-cerveauSII · MICI · hyperperméabilité intestinale

La déficience endocannabinoïdienne clinique — hypothèse unificatrice

Le Dr Ethan Russo a proposé en 2004 (puis développé en 2016) le concept de « Clinical Endocannabinoid Deficiency Syndrome » (CECD) — suggérant que certaines pathologies chroniques idiopathiques pourraient résulter d’un déficit en tonus endocannabinoïdien de base.

🔬 Le CECD — conditions associées à un déficit endocannabinoïdien (Russo EB. Cannabis Cannabinoid Res. 2016. PMID: 28861491)

Une littérature émergente documente le « syndrome de déficience endocannabinoïdienne » comme étiologie dans la migraine, la fibromyalgie, le syndrome de l’intestin irritable, les troubles psychologiques, et d’autres conditions.

Migraine : Des taux d’AEA dans le LCR significativement réduits ont été mesurés chez les migraineux chroniques. Le SEC régule normalement l’hyperexcitabilité corticale et l’activation trigéminale — deux mécanismes centraux de la migraine. L’anandamide inhibe la libération de CGRP au niveau des fibres trigéminales, un médiateur clé des crises de migraine.

Fibromyalgie : Des concentrations de 2-AG et d’AEA réduites ont été documentées dans des études de liquide céphalorachidien de patients FM. La sensibilisation centrale qui caractérise la FM pourrait être aggravée par un déficit en modulation endocannabinoïdienne descendante de la douleur.

SII : Le SEC régule la motilité, la sensibilité viscérale et la perméabilité intestinale. Des mutations des gènes CB1 et FAAH sont plus fréquentes dans les populations SII. Des antagonistes de CB1 (rimonabant) produisaient des symptômes gastro-intestinaux ressemblant au SII — preuve a contrario du rôle protecteur du SEC intestinal.

Russo EB. Clinical Endocannabinoid Deficiency Reconsidered. Cannabis Cannabinoid Res. 2016;1(1):154-165. PMID: 28861491 · PMC3951193 (systematic review upregulation ECS)

Le CBD (cannabidiol) — mécanismes et preuves cliniques

Le CBD est un phytocannabinoïde non psychoactif extrait du Cannabis sativa — il ne se fixe pas directement sur CB1 (et n’a donc pas d’effet psychoactif du THC) mais agit via de multiples mécanismes sur le SEC et d’autres systèmes.

Mécanismes d’action du CBD — une pharmacologie complexe

🔬 Les mécanismes d’action multiples du CBD

1. Inhibition de la FAAH : Le CBD inhibe partiellement la FAAH (enzyme de dégradation de l’anandamide) → augmentation des taux d’anandamide circulante → amplification de la signalisation CB1 endogène sans agonisme direct. C’est le mécanisme permettant d’augmenter le tonus endocannabinoïdien sans effets psychoactifs.

2. Agoniste 5-HT1A : Le CBD se fixe sur le récepteur à la sérotonine 5-HT1A avec une affinité modérée → effets anxiolytiques et antidépresseurs · mécanisme commun avec les buspirone et les antidépresseurs à longue durée d’action. Ce mécanisme explique en grande partie l’effet anxiolytique du CBD.

3. Antagoniste GPR55 : GPR55 est un récepteur pro-nociceptif et pro-inflammatoire. Le CBD bloque GPR55 → réduction de la douleur et de l’inflammation.

4. Modulation TRPV1 : Le CBD désensibilise les canaux TRPV1 (thermocepteurs vanilloïdes impliqués dans la nociception) → effets analgésiques, anti-hyperalgésiques et anti-inflammatoires locaux.

5. Activation PPARγ : Récepteur nucléaire anti-inflammatoire et métabolique · effets sur la neuroinflammation et le métabolisme lipidique.

6. Inhibition de l’adenosine reuptake : L’adénosine est anti-inflammatoire et immunosuppressive. Le CBD réduit sa recapture → élévation de l’adénosine extracellulaire → effets anti-inflammatoires et neuroprotecteurs.

7. Modulation allostérique de CB1 : Le CBD agit comme modulateur allostérique négatif des récepteurs CB1 — réduisant les effets psychoactifs du THC et modulant finement la signalisation endocannabinoïdienne endogène.

PMC7855189 (Review ECS) · Cásedas G et al. Pharmaceuticals. 2024. doi:10.3390/ph17111438

CBD et anxiété — méta-analyse de référence

🔬 Méta-analyse CBD et troubles anxieux (ScienceDirect. 2024 — 316 participants, 8 essais)

Une méta-analyse systématique (publiée dans ScienceDirect, 2024, 8 essais RCT, 316 participants au total) révèle un impact significatif substantiel du CBD sur l’anxiété avec une taille d’effet considérable (Hedges’ g = -0,92 ; 95% CI -1,80 à -0,04) dans divers troubles anxieux incluant le TAG, la phobie sociale et le PTSD. Les auteurs soulignent que malgré cette taille d’effet prometteuse, la taille limitée des essais cliniques requiert des études supplémentaires pour confirmer ces résultats. Doses testées : 200–800 mg/j par voie orale. Un essai en phase III est en cours (CTRI/2023/01/049110).

Therapeutic potential of CBD in anxiety disorders: meta-analysis. ScienceDirect. 2024. doi:10.1016/j.psychres.2024.116041 · PMC11595441

CBD et douleur — revue systématique 2024

🔬 Revue systématique CBD et douleur — 40 études sélectionnées (Pharmaceuticals 2024, PMID: 39598350)

La revue systématique la plus récente et rigoureuse sur le CBD et la douleur (Cásedas G et al. Pharmaceuticals. 2024. doi:10.3390/ph17111438, PRISMA guidelines, 500+ articles initiaux → 40 études sélectionnées) conclut que le CBD démontre des propriétés analgésiques non psychoactives dans plusieurs modèles de douleur. Les preuves précliniques sont robustes (modèles de douleur inflammatoire, neuropathique et viscérale). Les preuves cliniques montrent des effets positifs sur la douleur chronique, la douleur neuropathique et les douleurs musculosquelettiques, bien que la qualité méthodologique des essais humains reste variable. Le CBD seul (sans THC) est efficace dans certains modèles — ce qui est cliniquement important pour les contextes où le THC est restreint.

Cásedas G et al. CBD in Pain Treatment: Systematic Review. Pharmaceuticals. 2024;17(11):1438. PMC11597428. doi:10.3390/ph17111438

CBD et épilepsie — le seul usage avec AMM

L’épidiolex® (CBD purifié) est le seul médicament à base de CBD ayant une autorisation de mise sur le marché (AMM) — accordée par la FDA en 2018 et l’EMA en 2019 pour le traitement du syndrome de Dravet et du syndrome de Lennox-Gastaut (deux formes d’épilepsies pédiatriques réfractaires). L’effet antiépileptique du CBD est médié par la modulation des canaux sodiques voltage-dépendants, l’inhibition de GPR55 (pro-convulsivant) et la désensibilisation de TRPV1.

Autres molécules modulant le système endocannabinoïdien

🌿 Bêta-caryophyllène (BCP) — l’agoniste CB2 alimentaire

🔬 Bêta-caryophyllène — agoniste sélectif CB2, sans effets psychoactifs

Le bêta-caryophyllène (BCP) est un sesquiterpène naturellement présent dans de nombreuses plantes alimentaires et médicinales (poivre noir, clou de girofle, cannabis, lavande, romarin, basilic, origan). C’est le premier phytocannabinoïde non classique identifié comme agoniste sélectif de CB2 — sans aucune activité sur CB1 → pas de propriétés psychoactives. Le BCP produit des effets anti-inflammatoires, analgésiques, anxiolytiques et neuroprotecteurs via CB2R, identifiés dans de nombreux modèles animaux. Des essais humains préliminaires montrent des effets anti-douleur dans les neuropathies périphériques et des effets anti-anxiété. Sa présence dans l’alimentation humaine courante en fait un modulateur quotidien du SEC d’accès libre — et explique en partie les effets anti-inflammatoires du poivre noir, de l’origan et du clou de girofle.

Gertsch J et al. Beta-caryophyllene is a dietary cannabinoid. PNAS. 2008. PMID: 18574142 · Cásedas G et al. 2024 (synergie terpènes-CBD)

🌿 Palmitoylethanolamide (PEA) — l’endocannabinoïde frère

La PEA (palmitoylethanolamide) est un endocannabinoïde « apparenté » — membre de la famille des N-acylethanolamines comme l’AEA, mais qui agit principalement via PPARα (récepteur nucléaire anti-inflammatoire) et TRPV1. La PEA est produite à la demande par les cellules immunitaires et nerveuses lors des états inflammatoires — elle agit comme signal de résolution de l’inflammation. Des données cliniques solides montrent son efficacité dans la douleur neuropathique, la sciatique chronique et les syndromes douloureux chroniques. Disponible en complément alimentaire (Normast®, PeaPure®). La PEA n’est pas psychoactive et sa sécurité est excellente.

🌿 L’effet entourage — terpènes et cannabinoïdes ensemble

L’hypothèse de l' »effet entourage » (Russo EB, Mechoulam R) propose que les effets des phytocannabinoïdes sont amplifiés par la présence simultanée de terpènes et d’autres composés du cannabis — qui inhibent la dégradation des endocannabinoïdes (compétition de substrat) et exercent leurs propres effets sur des cibles complémentaires. Le bêta-myrcène (myoterpène, composant du houblon et de la mangue) inhibe partiellement la FAAH → augmente les taux d’AEA. Le linalool (lavande) module les récepteurs GABA-A. Ces interactions expliquent pourquoi les extraits de cannabis à spectre complet peuvent être plus efficaces que le CBD seul dans certaines indications.

🌿 Oméga-3 — précurseurs des endocannabinoïdes

L’EPA et le DHA (acides gras oméga-3) sont les précurseurs membranaires des endocannabinoïdes et des « endocannabinoid-like » molécules. Un régime riche en oméga-3 augmente la production d’endocannabinoïdes de série 3 (DHEA-EA, EPA-EA) aux effets anti-inflammatoires, tout en réduisant les précurseurs de l’AEA pro-inflammatoire. Des études montrent que l’équilibre oméga-3/oméga-6 dans l’alimentation influence directement le tonus du SEC — un régime occidental riche en oméga-6 favorise un déséquilibre vers des endocannabinoïdes pro-inflammatoires.

🌿 Autres modulateurs naturels du SEC

  • Cannabigérol (CBG) : phytocannabinoïde non psychoactif · agoniste partiel CB1 et CB2 · effets antibactériens, anti-inflammatoires · données précliniques prometteuses dans les MICI
  • Cannabichromène (CBC) : agoniste TRPA1 et TRPV1 · anti-dépresseur et anti-inflammatoire dans les modèles animaux · données humaines limitées
  • THC (Δ9-tétrahydrocannabinol) : agoniste puissant CB1 et CB2 · analgesique, antiémétique, orexigène · effets psychoactifs limitant l’usage · Sativex® (THC+CBD, 1:1) = seul médicament THC disponible en France, indiqué dans la spasticité de la SEP
  • Exercice physique : L’exercice augmente les taux d’AEA et de 2-AG — c’est le mécanisme du « runner’s high » (longtemps attribué aux endorphines, mais en réalité médié par les endocannabinoïdes en grande partie). 30 minutes d’exercice modéré augmentent l’AEA de 30–100%
  • Jeûne et restriction calorique : augmentent le tonus endocannabinoïdien · effets sur la neurogenèse hippocampique et la résistance au stress
  • Probiotiques (Lactobacillus rhamnosus JB-1) : modifient l’expression des récepteurs CB1 intestinaux dans les modèles animaux · voie microbiote-SEC-cerveau

CBD en pratique — formes, dosage et précautions

Formes et biodisponibilité

FormeBiodisponibilitéDélai d’actionDurée d’action
Huile sublinguale13–19% (absorption muqueuse directe)15–45 min4–6h
Gélules / capsules6–13% (premier passage hépatique)1–2h6–8h
CBD liposomal20–30% (absorption améliorée)30–60 min6–8h
Inhalation (vapeur)30–56% (absorption pulmonaire directe)1–10 min2–3h
Application topiqueVariable · action localeImmédiate locale2–6h locale

Dosage — pas de dose universelle

Le CBD a une courbe dose-réponse en U inversé pour certains effets (anxiolytiques) — des doses modérées peuvent être plus efficaces que des doses très élevées. Les études cliniques utilisent des doses très variables selon les indications :

  • Anxiété : 300–600 mg en dose unique dans les essais · 25–75 mg/j en traitement chronique
  • Douleur chronique : 15–50 mg/j en huile sublinguale · jusqu’à 300 mg/j dans les douleurs neuropathiques sévères
  • Sommeil : 25–160 mg le soir · doses plus faibles favorisant le sommeil, doses élevées pouvant parfois perturber le sommeil
  • Épilepsie (Epidiolex®) : 5–20 mg/kg/j · doses bien supérieures aux compléments alimentaires standard
⚠️ Interactions médicamenteuses importantes — inhibition du CYP450

Le CBD est un inhibiteur modéré à puissant du cytochrome P450 — notamment CYP3A4, CYP2C9 et CYP2C19 — augmentant les concentrations plasmatiques de nombreux médicaments métabolisés par ces enzymes. Interactions documentées avec :

  • Antiépileptiques : clobazam, valproate · risque d’augmentation des taux plasmatiques
  • Anticoagulants : warfarine · risque d’augmentation de l’effet anticoagulant
  • Immunosuppresseurs : tacrolimus, ciclosporine
  • Médicaments à marge thérapeutique étroite : théophylline, digoxine
  • Toujours informer le médecin prescripteur d’une supplémentation en CBD avant tout ajustement thérapeutique

Ce qu’il faut retenir

Résumé ScienSanté — Système endocannabinoïdien et CBD

Le SEC est un régulateur universel de l’homéostasie

Douleur, inflammation, immunité, sommeil, humeur, appétit, intestin — le SEC régule tous ces systèmes via CB1, CB2 et une douzaine de récepteurs étendus. Son dysfonctionnement est documenté dans la migraine, la fibromyalgie et le SII.

Le CBD agit via 7 mécanismes distincts — pas CB1

FAAH (↑ AEA), 5-HT1A (anxiété), GPR55 (douleur), TRPV1 (nociception), PPARγ (inflammation), adénosine (immunité), modulation allostérique CB1. Pas psychoactif car pas d’agonisme CB1 direct.

CBD et anxiété — taille d’effet significative

Méta-analyse 2024 (316 participants, 8 RCTs) : Hedges’ g = -0,92. Effet cliniquement significatif dans le TAG, la phobie sociale et le PTSD. Doses testées : 200–800 mg/j. Besoin d’essais de plus grande taille.

Le bêta-caryophyllène — agoniste CB2 alimentaire

Présent dans le poivre noir, l’origan, le clou de girofle. Agoniste sélectif CB2 sans psychoactivité — modulateur quotidien du SEC via l’alimentation. Anti-inflammatoire et analgésique documenté dans les modèles animaux.

Interactions médicamenteuses — inhibition CYP450

Le CBD inhibe CYP3A4, CYP2C9, CYP2C19 — augmentant les concentrations d’anticoagulants, antiépileptiques et immunosuppresseurs. Informer systématiquement le médecin prescripteur avant de commencer un CBD.

L’exercice, les oméga-3 et le jeûne modulent le SEC

30 minutes d’exercice augmentent l’AEA de 30–100%. Les oméga-3 sont les précurseurs membranaires des endocannabinoïdes. Le jeûne intermittent augmente le tonus endocannabinoïdien. Des interventions non pharmacologiques sont des leviers réels.

Références scientifiques
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  5. Cásedas G et al. CBD: A Systematic Review of Clinical and Preclinical Evidence in the Treatment of Pain. Pharmaceuticals. 2024;17(11):1438. PMC11597428. doi:10.3390/ph17111438
  6. Therapeutic potential of CBD in anxiety disorders: A systematic review and meta-analysis. Psychiatry Research. 2024. doi:10.1016/j.psychres.2024.116041. Hedges’ g = -0.92
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