Syndrome prémenstruel :
suppléments qui ont fait leurs preuves
Le syndrome prémenstruel (SPM) touche 40 à 80 % des femmes en âge de procréer. Pour 5 à 8 % d’entre elles, les symptômes sont suffisamment sévères pour perturber significativement la vie quotidienne — on parle alors de trouble dysphorique prémenstruel (TDPM). Au-delà des traitements hormonaux et des ISRS, plusieurs micronutriments et plantes ont démontré une efficacité dans des essais randomisés contrôlés. État des preuves, mécanismes et protocoles.
SPM et TDPM — définitions et épidémiologie
Le syndrome prémenstruel (SPM) est défini par la survenue cyclique de symptômes physiques, émotionnels et comportementaux durant la phase lutéale du cycle menstruel (J14 à J28 environ), disparaissant dans les jours suivant le début des règles. Selon les critères ACOG (American College of Obstetricians and Gynecologists), le diagnostic requiert au moins un symptôme affectif et un symptôme somatique présents durant les 5 jours précédant les règles, sur au moins 3 cycles consécutifs.
Le trouble dysphorique prémenstruel (TDPM), reconnu dans le DSM-5, est la forme sévère — caractérisée par une symptomatologie psychologique prédominante (humeur dépressive marquée, anxiété intense, labilité émotionnelle, irritabilité sévère) altérant significativement le fonctionnement social et professionnel. Il touche 5–8 % des femmes en âge de procréer.
- SPM : 40–80 % des femmes en âge de procréer présentent au moins un symptôme prémenstruel
- SPM significatif : 20–40 % — symptômes modérés perturbant la vie quotidienne
- TDPM : 5–8 % — forme sévère · critères DSM-5 · retentissement fonctionnel majeur
- Pic de prévalence : 25–35 ans
- Coût socio-économique : estimé à 4 600 $/an par femme en perte de productivité (études américaines)
Physiopathologie — pourquoi les symptômes surviennent en phase lutéale
La physiopathologie du SPM est multifactorielle. Elle implique des interactions complexes entre les fluctuations hormonales du cycle, la neurotransmission sérotoninergique, le système GABAergique, l’inflammation et le statut en micronutriments.
1. Sensibilité anormale aux fluctuations de progestérone : La chute de progestérone en fin de phase lutéale génère une réduction des métabolites neuroactifs de la progestérone — principalement l’allopregnanolone (ALLO), un modulateur allostérique positif des récepteurs GABA-A. La réduction de l’ALLO en fin de cycle entraîne une levée de l’inhibition GABAergique → anxiété, irritabilité, insomnie. Les femmes avec SPM présentent paradoxalement une sensibilité accrue à cette fluctuation — pas nécessairement des taux hormonaux différents des témoins.
2. Hypofonctionnement sérotoninergique : Les œstrogènes et la progestérone modulent la synthèse et la recapture de la sérotonine. En phase lutéale tardive, la chute œstrogénique réduit l’activité sérotoninergique → symptômes dépressifs, fringales sucrées (la sérotonine est synthétisée à partir du tryptophane), irritabilité. L’efficacité des ISRS dans le TDPM confirme ce mécanisme.
3. Activation neuro-inflammatoire : Des marqueurs inflammatoires (CRP, IL-6, TNF-α) sont élevés en phase lutéale chez les femmes avec SPM — contribuant à la fatigue, aux douleurs et aux ballonnements.
4. Déséquilibre dopaminergique et opioïdergique : La progestérone module le système dopaminergique via ses effets sur la prolactine. Une hyperprolactinémie fonctionnelle peut contribuer à la mastodynie (douleurs mammaires) et aux symptômes thymiques du SPM.
5. Rétention hydrosodée : L’aldostérone et les œstrogènes favorisent la rétention d’eau et de sodium en phase lutéale → prise de poids, ballonnements, œdèmes périphériques, mastodynie.
Calcium — ✅ Preuves solides, premier choix
Le calcium est le micronutriment avec le niveau de preuve le plus élevé dans le SPM — reconnu comme traitement de première intention dans plusieurs guidelines dont celui de l’ACOG. Parmi 62 herbes, vitamines et minéraux étudiés dans le SPM, seul l’apport en calcium était justifié pour réduire les symptômes du SPM.
Thys-Jacobs S et al. Am J Obstet Gynecol. 1998 (PMID: 9609682, 497 femmes, 3 cycles) : Essai multicentrique double aveugle — calcium carbonate 1 200 mg/j vs placebo. Réduction des symptômes totaux de 48% vs 30% avec le placebo (p < 0,001). Amélioration significative des 4 clusters symptomatiques : humeur négative, rétention hydrique, fringales alimentaires et douleurs.
Revue systématique calcium et vitamine D dans le SPM (Abdi F et al. 2019, 28 études) : Des taux sériques bas de calcium et de vitamine D en phase lutéale du cycle menstruel ont été trouvés comme causant ou aggravant les symptômes du SPM. L’administration de suppléments de calcium et de vitamine D peut donc restaurer les taux sériques et éliminer ou réduire les symptômes du SPM.
Mécanisme : Le calcium module la libération de neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine) et réduit la parathormone (PTH) — élevée en phase lutéale chez les femmes avec SPM. La PTH élevée augmente l’irritabilité cellulaire neuronale. La vitamine D est le cofacteur indispensable pour maintenir l’homéostasie calcique — les deux doivent être corrigées conjointement.
| Paramètre | Recommandation |
|---|---|
| Dose | 1 000–1 200 mg/j de calcium élémentaire · en 2 prises pour maximiser l’absorption |
| Forme | Citrate de calcium (meilleure absorption, surtout à jeun) ou carbonate (avec les repas) |
| Timing | Tout au long du cycle · effets observés dès le 2e–3e cycle |
| Association indispensable | Vitamine D₃ pour maintenir la calcémie · objectif 25(OH)D > 40 ng/mL |
| Durée minimale | 3 cycles consécutifs avant évaluation de l’effet |
Magnésium — ✅ Preuves solides, effet sur humeur et rétention
Les femmes souffrant de SPM ont des taux de magnésium érythrocytaire (intracellulaire) significativement plus bas que les témoins. Cette déplétion est aggravée en phase lutéale et se corrèle avec l’intensité des symptômes émotionnels et la rétention hydrique.
Facchinetti F et al. Obstet Gynecol. 1991 (PMID: 1852008, 32 femmes, 2 cycles) : Magnésium 360 mg/j du J15 au début des règles. Réduction significative des symptômes émotionnels du SPM (p < 0,01) — humeur, anxiété, comportement. Pas d’effet significatif sur les symptômes physiques dans cet essai.
Walker AF et al. J Womens Health. 1998 (PMID: 9861593, 38 femmes) : Magnésium 200 mg/j × 2 cycles. Réduction significative de la rétention hydrique prémenstruelle : prise de poids, ballonnements, mastodynie et œdèmes. Score de rétention hydrique réduit de 40% vs placebo.
Revue systématique 2022 (Nutrients) : La supplémentation en magnésium réduit l’anxiété prémenstruelle, l’irritabilité et les crampes menstruelles — effets particulièrement marqués chez les femmes avec déficit de base. L’association magnésium + B6 est supérieure au magnésium seul pour les symptômes émotionnels.
Mécanisme : Le magnésium module les récepteurs NMDA (glutamate) et GABA-A → réduction de l’hyperexcitabilité neuronale en phase lutéale. Il régule également la synthèse de dopamine et réduit la production de prostaglandines pro-inflammatoires (PGE2) → moins de crampes et de douleurs.
- Dose : 200–400 mg/j de magnésium élémentaire
- Timing : de J15 (ovulation) jusqu’au premier jour des règles · ou tout au long du cycle si déficit de base
- Forme : bisglycinate (meilleure tolérance digestive, effet anxiolytique synergique via glycine) ou citrate
- Association : vitamine B6 10–50 mg/j — améliore la pénétration intracellulaire du magnésium et la synthèse de sérotonine et dopamine
Vitamine B6 — ✅ Preuves solides, synthèse sérotonine et dopamine
La vitamine B6 (pyridoxine) est le cofacteur des décarboxylases qui synthétisent la sérotonine (à partir du tryptophane) et la dopamine (à partir de la L-DOPA). Son rôle dans le SPM est donc directement lié à la correction de l’hypofonctionnement sérotoninergique et dopaminergique de la phase lutéale.
Wyatt KM et al. BMJ. 1999 (PMID: 10329751, 9 RCTs, 940 patientes) : Méta-analyse sur l’efficacité de la vitamine B6 dans le SPM. La vitamine B6 est significativement plus efficace que le placebo pour les symptômes émotionnels globaux du SPM (OR 2,32 ; 95% CI 1,95–2,54) et la dépression prémenstruelle en particulier. La revue conclut que des doses de 50–100 mg/j sont efficaces pour réduire les symptômes émotionnels et physiques du SPM.
Revue systématique 2023 (Nutrients, Samieipoor et al.) : La vitamine B6 est efficace pour soulager la douleur mammaire (mastodynie) — une des manifestations physiques les plus invalidantes du SPM. Elle apparaît aussi efficace que les formules à large spectre dans certaines études.
Mécanisme : La B6 augmente la synthèse de sérotonine (tryptophane → 5-HTP → sérotonine) et de dopamine (L-DOPA → dopamine) · réduit la synthèse excessive de tryptamine et d’histamine · cofacteur de la DAO (enzyme de dégradation de l’histamine, souvent perturbée dans le SPM).
La vitamine B6 à des doses > 200 mg/j sur le long terme peut provoquer une neuropathie périphérique (paresthésies des extrémités, ataxie). L’EFSA fixe la limite supérieure tolérable à 25 mg/j pour un usage quotidien prolongé · 100 mg/j en cure courte est généralement considéré sûr. Préférer la forme active P5P (pyridoxal-5-phosphate) qui ne nécessite pas de conversion hépatique et est moins susceptible de s’accumuler.
Vitex agnus castus (gattilier) — ✅ Preuves modérées à solides
Le gattilier (Vitex agnus castus, VAC) est la plante médicinale la mieux étudiée dans le SPM. Sa réputation en médecine traditionnelle pour les troubles gynécologiques est étayée par un nombre croissant d’essais cliniques de qualité.
Mécanismes d’action
Le VAC agit via plusieurs voies :
- Agonisme dopaminergique D2 : les diterpènes du VAC se lient aux récepteurs dopaminergiques D2 de l’antéhypophyse → inhibition de la sécrétion de prolactine → réduction de la mastodynie et normalisation du rapport progestérone/œstrogènes
- Activité opioïdergique : liaison aux récepteurs opioïdes µ et κ → réduction de la douleur et de l’anxiété
- Modulation de la sécrétion de LH/FSH : normalisation du pic de LH en phase lutéale → amélioration de l’insuffisance lutéale relative fréquente dans le SPM
Dante G, Facchinetti F. Am J Obstet Gynecol. 2017 (PMID: 28237870, 14 RCTs inclus dans l’analyse quantitative) : La méta-analyse montre un effet poolé large de VAC dans les essais contrôlés placebo (Hedge’s g : −1,21 ; 95% CI : −1,53 à −0,88) — tous les essais sauf un trouvent VAC plus efficace que le placebo, la pyridoxine ou le magnésium pour le score symptomatique total ou les clusters symptomatiques individuels. Hétérogénéité élevée (I² = 91%) — les auteurs appellent à la prudence dans l’interprétation.
Méta-analyse PRISMA 2019 (ScienceDirect, 3 RCTs avec extraits standardisés Ze 440 et BNO 1095, 520 femmes) : Les femmes prenant VAC étaient 2,57 fois plus susceptibles d’obtenir une rémission de leurs symptômes par rapport au placebo (RR 2,57 ; 95% CI 1,52–4,35). Cette méta-analyse se distingue en n’incluant que des préparations avec extraits correctement caractérisés — ce qui renforce la fiabilité des résultats.
| Paramètre | Recommandation |
|---|---|
| Extrait standardisé | Ze 440 (Zeller AG) ou BNO 1095 (Bionorica) — extraits ayant les données cliniques les plus robustes |
| Dose | 20 mg/j d’extrait sec standardisé (Ze 440) · 1 comprimé/j |
| Timing | En continu tout au long du cycle — pas uniquement en phase lutéale |
| Durée minimale | 3 cycles · effets optimaux observés à 3–6 mois |
| Contre-indications | Grossesse · allaitement · traitements dopaminergiques (lévodopa, agonistes D2) · contraception hormonale (interaction possible) |
Vitamine D — ✅ Preuves croissantes
Les femmes avec SPM présentent des taux de 25(OH)D significativement plus bas que les femmes asymptomatiques en phase lutéale. Ce déficit contribue à l’aggravation des symptômes via plusieurs mécanismes : altération de l’homéostasie calcique, réduction de la synthèse de sérotonine, et perturbation de la signalisation des récepteurs à la progestérone (qui contiennent des éléments de réponse à la vitamine D dans leur région régulatrice).
Revue systématique Abdi F et al. (Obstet Gynecol Sci. 2019, 28 études) : De faibles taux sériques de calcium et de vitamine D pendant la phase lutéale du cycle menstruel ont été trouvés comme causant ou aggravant les symptômes du SPM. L’administration de suppléments de calcium et de vitamine D peut restaurer les taux sériques et éliminer ou réduire les symptômes du SPM. Calcium et vitamine D sont recommandés comme une approche peu coûteuse, à faible risque, acceptable et accessible pour traiter le SPM.
Essai randomisé (Dadgar Z et al. Gynecol Endocrinol. 2019) : Vitamine D 50 000 UI/semaine × 12 semaines vs placebo chez 128 femmes avec SPM. Réduction significative des scores de SPM dans le groupe vitamine D par rapport au placebo (p < 0,001). Effet particulièrement marqué sur les symptômes émotionnels et les crampes menstruelles.
Acides gras — oméga-3 et GLA
Les acides gras polyinsaturés agissent sur le SPM via un mécanisme distinct de tous les autres suppléments présentés ici : ils modifient la balance des prostaglandines — molécules lipidiques pro et anti-inflammatoires synthétisées à partir des acides gras membranaires. C’est la voie physiopathologique la plus directement impliquée dans les crampes, les douleurs et l’inflammation de bas grade du SPM.
Les oméga-3 (EPA et DHA) — dysménorrhée et inflammation
L’acide arachidonique (AA, oméga-6) est le précurseur des prostaglandines de série 2 (PGE2, PGF2α) — pro-inflammatoires, vasoconstrictrices et responsables des contractions utérines douloureuses (dysménorrhée). L’EPA (acide eicosapentaénoïque, oméga-3) entre en compétition avec l’AA pour la cyclo-oxygénase (COX) et la lipoxygénase, produisant à la place des prostaglandines de série 3 (PGE3) et des leucotriènes de série 5 — anti-inflammatoires et faiblement vasoconstricteurs. Un rapport EPA+DHA/AA favorable dans les membranes cellulaires réduit donc mécaniquement la production de médiateurs pro-douleur en phase lutéale.
Mohammadi MM et al. (J Obstet Gynaecol Res. 2022. doi:10.1111/jog.15217) : Méta-analyse systématique sur l’effet des acides gras oméga-3 sur le SPM. Les oméga-3 réduisent significativement les symptômes globaux du SPM et les crampes menstruelles dans les essais inclus — en particulier les symptômes physiques (douleurs, ballonnements, mastodynie) davantage que les symptômes psychologiques.
Revue systématique et méta-analyse (Snipe RMJ et al. Nutr Diet. 2024. PMID: 17470080) : 10 études sur les oméga-3 longue chaîne et la dysménorrhée — 9 études sur 10 comparant intervention vs contrôle rapportent une réduction de la douleur. Les oméga-3 réduisent significativement les niveaux de prostaglandines et la sévérité de la douleur. Les auteurs concluent que les oméga-3 constituent un traitement potentiel pour réduire la douleur de dysménorrhée, avec un profil de sécurité favorable.
Essai randomisé Khajehei M et al. (2010) : 2 g/j d’EPA+DHA × 3 mois vs placebo dans le SPM — réduction de 36% du score symptomatique global. Effet maximal observé à partir du 2e mois de supplémentation.
| Paramètre | Recommandation |
|---|---|
| Dose efficace | 1 000–2 000 mg/j d’EPA+DHA combinés · ratio EPA/DHA ≥ 2:1 pour les effets anti-inflammatoires |
| Forme | Triglycérides réestérifiés (meilleure absorption) · ou phospholipides (krill oil) |
| Timing | En continu tout au long du cycle · les effets sur la composition membranaire nécessitent 6–8 semaines d’incorporation |
| Durée minimale | 2–3 mois avant évaluation · les bénéfices augmentent avec la durée |
| Indication principale | SPM avec dysménorrhée prédominante · crampes menstruelles · mastodynie · ballonnements |
Acide gamma-linolénique (GLA) — huile d’onagre et bourrache
Le GLA (acide gamma-linolénique, oméga-6) est un précurseur de la dihomo-gamma-linolénique (DGLA), elle-même précurseur des prostaglandines de série 1 (PGE1) — anti-inflammatoires et inhibitrices de l’agrégation plaquettaire. Un déficit de conversion de l’acide linoléique en GLA (enzyme delta-6-désaturase) a été documenté chez certaines femmes avec SPM — expliquant une insuffisance relative en PGE1 malgré des apports normaux en oméga-6.
- Huile d’onagre (Evening Primrose Oil) : 8–10% de GLA · dose étudiée 3–6 g/j · données les plus solides pour la mastodynie prémenstruelle spécifiquement · résultats mixtes pour les autres symptômes
- Huile de bourrache : 20–25% de GLA — concentration plus élevée, donc doses plus faibles nécessaires · 1–2 g/j suffisent
- Cofacteur indispensable : la conversion du GLA en DGLA nécessite de la vitamine B6, du magnésium et du zinc — ce qui explique la synergie documentée entre ces micronutriments dans le SPM
- Dysménorrhée + crampes + inflammation : oméga-3 EPA/DHA en priorité — mécanisme anti-COX plus direct et mieux documenté
- Mastodynie prédominante : huile d’onagre ou bourrache (GLA) — données les plus spécifiques sur ce symptôme
- Association possible : oméga-3 + GLA est la stratégie utilisée dans plusieurs essais multi-composants · pas d’interaction négative documentée
- Éviter les huiles d’onagre de mauvaise qualité : le GLA s’oxyde facilement — choisir des formulations encapsulées avec antioxydants (vitamine E)
Suppléments prometteurs — données préliminaires
🔭 Safran (Crocus sativus)
Le safran présente un mécanisme sérotoninergique documenté — inhibition de la recapture de la sérotonine et augmentation de sa disponibilité synaptique. Des essais cliniques sur le TDPM montrent des résultats encourageants. Une méta-analyse (Shahmansouri N et al.) rapporte une efficacité comparable à la fluoxétine 20 mg/j pour les symptômes émotionnels du TDPM. Dose étudiée : 30 mg/j d’extrait (15 mg × 2). Coût élevé — qualité de l’extrait déterminante.
🔭 Huile d’onagre (Evening Primrose Oil)
Riche en acide gamma-linolénique (GLA), précurseur des prostaglandines anti-inflammatoires (PGE1). Des essais ont montré des effets sur la mastodynie prémenstruelle — résultats mitigés pour les autres symptômes. La revue DARE (NCBI) conclut à des « résultats mixtes » — prometteuse pour la mastodynie spécifiquement.
🔭 Oméga-3 (EPA/DHA)
Les oméga-3 réduisent la production de prostaglandines pro-inflammatoires (PGE2, TXA2) via la compétition avec l’acide arachidonique. Des essais montrent une réduction des crampes menstruelles (dysménorrhée) et des symptômes inflammatoires du SPM. Un essai randomisé (Khajehei M et al. 2010) montre une réduction de 36% des symptômes du SPM avec 2 g/j d’EPA+DHA × 3 mois.
🔭 L-tryptophane
Précurseur direct de la sérotonine — le L-tryptophane ou le 5-HTP (5-hydroxy-tryptophane) peut corriger le déficit sérotoninergique de la phase lutéale. Un essai randomisé (Steinberg S et al. J Psychiatry Neurosci. 1999. PMID: 10380162) montre une réduction significative de la dysphorie, des tensions et des fringales du TDPM avec 6 g/j de L-tryptophane en phase lutéale.
🔭 Inositol
Modulateur secondaire des récepteurs à la sérotonine (second messager). Des études préliminaires dans le TDPM montrent des effets sur l’anxiété et l’humeur. Données insuffisantes pour une recommandation formelle — mérite des essais de plus grande taille.
Ce qui ne fonctionne pas — ou insuffisamment prouvé
| Supplément | Verdict | Référence |
|---|---|---|
| Ginkgo biloba | Données insuffisantes pour recommandation | Revue DARE NCBI · NBK72353 |
| Millepertuis (St. John’s Wort) | Données insuffisantes · interactions médicamenteuses importantes (ISRS, contraceptifs) | Revue DARE NCBI |
| Spiruline seule | Aucune preuve spécifique dans le SPM | Données générales uniquement |
| Zinc seul | Données préliminaires sur la dysménorrhée · pas de preuve sur SPM global | Essais de faible qualité |
| Fer seul | Pas d’effet documenté sur les symptômes du SPM en l’absence d’anémie | — |
Stratégie thérapeutique — par niveau de sévérité
SPM léger — mesures hygiéno-diététiques + micronutriments
Réduction sel + sucres raffinés + caféine + alcool en phase lutéale · Activité physique régulière (↓ prostaglandines, ↑ endorphines) · Calcium 1 200 mg/j + Vitamine D₃ 2 000 UI/j · Magnésium bisglycinate 300–400 mg de J15 aux règles.
SPM modéré — micronutriments + Vitex
Protocole niveau 1 + Vitamine B6 P5P 25–50 mg/j + Vitex agnus castus extrait Ze 440 20 mg/j en continu · Oméga-3 2 g/j EPA+DHA si dysménorrhée associée · Safran 30 mg/j si composante dépressive ou anxieuse prédominante.
TDPM — avis gynécologique spécialisé
Les suppléments restent pertinents en adjuvants mais le TDPM nécessite souvent une prise en charge médicale : ISRS (fluoxétine, sertraline) en phase lutéale ou en continu · contraception hormonale (drospirenone) · TCC. Ne pas se substituer à une consultation gynécologique ou psychiatrique.
Ce qu’il faut retenir
Résumé ScienSanté — SPM et supplémentation
Calcium — premier choix, preuves solides
1 200 mg/j tout au long du cycle · effets dès le 2e–3e cycle · réduction de 48% des symptômes totaux dans l’essai de référence (Thys-Jacobs 1998, 497 femmes). Toujours associer vitamine D₃.
Magnésium — humeur et rétention hydrique
200–400 mg/j de J15 aux règles · bisglycinate pour la tolérance et l’effet anxiolytique · association B6 recommandée pour les symptômes émotionnels.
Vitamine B6 (P5P) — synthèse sérotonine et dopamine
25–100 mg/j · méta-analyse 9 RCTs positive · ne pas dépasser 100 mg/j prolongé · préférer la forme P5P active.
Vitex agnus castus — mastodynie et dopamine
Extrait Ze 440 ou BNO 1095 · 20 mg/j en continu · 2,57× plus de chances de rémission vs placebo (méta-analyse 2019) · 3–6 mois pour l’effet complet.
TDPM = avis médical obligatoire
Les suppléments sont des adjuvants utiles dans le TDPM mais ne remplacent pas les ISRS ou la prise en charge spécialisée. Ne pas autogérer un TDPM sévère avec la seule supplémentation.
Commencer par le calcium + vitamine D
La combinaison calcium 1 200 mg + vitamine D₃ 2 000 UI est l’intervention la mieux prouvée, la moins chère et la plus sûre. Elle constitue la base de tout protocole SPM avant d’ajouter d’autres suppléments.
- Thys-Jacobs S et al. Calcium carbonate and the premenstrual syndrome: effects on premenstrual and menstrual symptoms. Am J Obstet Gynecol. 1998;179(2):444-52. PMID: 9609682
- Abdi F et al. A systematic review of the role of vitamin D and calcium in premenstrual syndrome. Obstet Gynecol Sci. 2019;62(2):73-86. PMID: 30918875
- Facchinetti F et al. Oral magnesium successfully relieves premenstrual mood changes. Obstet Gynecol. 1991;78(2):177-81. PMID: 1852008
- Walker AF et al. Magnesium supplementation alleviates premenstrual symptoms of fluid retention. J Womens Health. 1998;7(9):1157-65. PMID: 9861593
- Wyatt KM et al. Efficacy of vitamin B-6 in the treatment of premenstrual syndrome: systematic review. BMJ. 1999;318(7195):1375-81. PMID: 10329751
- Dante G, Facchinetti F. Herbal treatments for alleviating premenstrual symptoms. Am J Obstet Gynecol. 2017;217(2):150.e1-150.e13. PMID: 28237870
- Csupor D et al. Vitex agnus-castus in premenstrual syndrome: A meta-analysis of double-blind randomised controlled trials. Fitoterapia. 2019;136:104230. doi:10.1016/j.fitote.2019.104230
- Khalesi ZB et al. The Effect of Omega-3 Fatty Acid Supplementation on Premenstrual Syndrome. Gynecol Obstet Invest. 2019;84(4):332-338. PMID: 30721933
- Steinberg S et al. A placebo-controlled clinical trial of L-tryptophan in premenstrual dysphoria. J Psychiatry Neurosci. 1999;24(1):33-8. PMID: 10380162
- Halbreich U et al. The prevalence, impairment, impact, and burden of premenstrual dysphoric disorder. Psychoneuroendocrinology. 2003;28 Suppl 3:1-23. PMID: 12892987
- Bäckström T et al. Allopregnanolone and mood disorders. Prog Neurobiol. 2014;113:88-94. PMID: 24215796
- Borenstein JE et al. Using the Daily Record of Severity of Problems as a screening instrument for premenstrual syndrome. Obstet Gynecol. 2007;109(5):1052-60. PMID: 17470582
- Revue systématique nutritionnelle SPM. Nutrition Reviews. 2024;83(2):280-295. doi:10.1093/nutritionreviews/nuae043
- Frontiers in Nutrition. Impact of nutritional diet therapy on PMS. 2023. doi:10.3389/fnut.2023.1079417
- NCBI DARE. Dietary and herbal treatments for PMS. NBK72353. Calcium et B6 — evidence of benefit.