Référentiel Acides Gras — ScienSanté
Qu'est-ce que le DHA ?
L'acide docosahexaénoïque (DHA, 22:6n-3) est l'acide gras polyinsaturé ω-3 à longue chaîne le plus complexe biologiquement. Avec 22 carbones et 6 doubles liaisons, il est l'acide gras le plus long et le plus insaturé retrouvé dans les phospholipides membranaires humains. Cette structure confère aux membranes qui le contiennent une fluidité exceptionnelle à température physiologique — propriété critique pour la signalisation dans les neurones, les photorécepteurs rétiniens et les spermatozoïdes.
Le DHA représente environ 60% des acides gras polyinsaturés du cerveau adulte (principalement dans les phosphatidyléthanolamindes et phosphatidylsérine des membranes synaptiques) et 50–60% des acides gras des photorécepteurs rétiniens (principalement dans les segments externes des bâtonnets). Sa concentration dans ces tissus reflète son accumulation préférentielle au cours du développement fœtal et postnatal.
Accrétion fœtale de DHA — le 3ème trimestre critique
Le cerveau fœtal accumule massivement le DHA au cours du 3ème trimestre de grossesse et pendant les 2 premières années de vie (période de myélinisation intense et de prolifération synaptique). La croissance cérébrale humaine implique l'incorporation de ~70 mg de DHA par jour au cours du 3ème trimestre (Cunnane SC, Prog Lipid Res 2003). Cette demande est couverte par le transfert placentaire actif de DHA maternel (le placenta concentre préférentiellement le DHA via la protéine FABP) et, après la naissance, par le lait maternel. Les nourrissons allaités ont des taux de DHA érythrocytaire significativement plus élevés que les nourrissons nourris aux laits artificiels non enrichis. Des études (Helland et al., Pediatrics 2003 ; Colombo et al.) montrent que les enfants dont les mères ont été supplémentées en DHA pendant la grossesse ont des scores cognitifs légèrement mais significativement supérieurs à 4 ans.
DHA et maladie d'Alzheimer — neuroprotectine D1
La neuroprotectine D1 (NPD1), dérivée du DHA via la 15-LOX, est un SPM avec des effets neuroprotecteurs remarquables dans des modèles d'Alzheimer : elle inhibe la sécrétion d'Aβ42 (peptide amyloïde), réduit l'apoptose des neurones, inhibe la translocation de NF-κB et les cytokines pro-inflammatoires gliales. Des études épidémiologiques prospectives (cohorte PREDIMED ; WHICAP) montrent une association inverse entre consommation de poissons gras (et DHA plasmatique) et risque de maladie d'Alzheimer. Cependant, les essais d'intervention avec DHA chez des patients déjà atteints de MCI ou d'Alzheimer ont montré des résultats décevants — suggérant que le DHA doit être administré en prévention, avant les lésions.
Références
Serhan CN et al. Resolvins, docosatrienes, and neuroprotectins, novel omega-3-derived mediators, and their endogenous aspirin-triggered epimers. Lipids. 2004;39(11):1125-32. PMID: 15726825 · Calder PC. Docosahexaenoic acid. Ann Nutr Metab. 2016;69 Suppl 1:7-21. PMID: 27842297
Recommandations — ANSES 2011 et EFSA 2010
| Population | ANSES 2011 | EFSA 2010 | ISSFAL / Consensus |
|---|---|---|---|
| Adultes ≥18 ans | 250 mg/j DHA (+ EPA) | 250 mg/j EPA+DHA (AI) | 250–500 mg EPA+DHA |
| Femmes enceintes | 250 mg DHA + EPA + 250 mg DHA suppl. = 500 mg DHA/j | 250 mg EPA+DHA + 100–200 mg DHA suppl. | ISSFAL : ≥300 mg DHA/j |
| Femmes allaitantes | 500 mg DHA/j | +100–200 mg DHA/j supplémentaires | ≥300 mg DHA/j |
| Nourrissons 0–24 mois | 70–100 mg DHA/j | 100 mg DHA/j | Via lait maternel ou lait enrichi |
| Personnes âgées (>65 ans) | 250–500 mg DHA/j | 250 mg EPA+DHA | 500–1000 mg EPA+DHA conseillés |
| Situation française réelle | ~137 mg DHA/j ⚠️ (55% de la recommandation · seulement 14,6% des adultes atteignent l'objectif DHA) | ||
Allégations EFSA accordées pour le DHA
L'EFSA a accordé les allégations de santé suivantes (Règlement 432/2012) :
- Fonction cérébrale normale : "Le DHA contribue au maintien d'une fonction cérébrale normale" → dose : 250 mg/j de DHA
- Vision normale : "Le DHA contribue au maintien d'une vision normale" → dose : 250 mg/j de DHA
- Développement cérébral fœtal : "L'apport en DHA de la mère contribue au développement normal du cerveau du fœtus et de l'enfant allaité" → dose : 200 mg DHA/j supplémentaires pendant grossesse/allaitement
- Développement visuel : "L'apport en DHA contribue au développement visuel normal du fœtus et du nourrisson allaité" → dose : 200 mg DHA/j supplémentaires
Meilleures sources alimentaires de DHA
Formes et dosages — DHA
| Indication | Forme / Source | Dose | Commentaire |
|---|---|---|---|
| Adulte — prévention | Huile de poisson (EPA+DHA) forme TG | 250–500 mg DHA/j | Avec repas contenant des graisses |
| Femme enceinte (T2-T3) | Huile de poisson ou algues | 200 mg DHA supplémentaires/j en plus des 250 mg de base | EFSA : +100–200 mg DHA/j |
| Nourrisson allaité | Via lait maternel de mère supplémentée | Mère : ≥300 mg DHA/j | Lait enrichi si allaitement impossible |
| Végétalien — grossesse | Huile de microalgues DHA | 200–300 mg DHA/j | Schizochytrium ou Nannochloropsis |
| Prévention neurodégénérescence | Huile de poisson EPA+DHA | 500–1000 mg EPA+DHA/j dont ≥250 mg DHA | Dès la cinquantaine |