Métabolisme et mécanismes d'action
Thréonine — constituant majeur des mucines
Les mucines (MUC2, MUC5B, MUC5AC...) sont des glycoprotéines riches en thréonine et sérine (sites de O-glycosylation). La MUC2, principale mucine colique, contient ~25% de thréonine. La couche de mucus protège l'épithélium intestinal des agents pathogènes et des enzymes digestives.
Carence en Thr et barrière intestinale
Des études animales (porc, rat) ont montré qu'une carence en thréonine réduit l'épaisseur de la couche de mucus, augmente la perméabilité intestinale et la susceptibilité aux infections entériques. Ces données sont pertinentes pour la nutrition clinique (patients en réanimation, maladies inflammatoires intestinales).
Thréonine et immunité intestinale
Les IgA sécrétoires (sIgA), principales immunoglobulines de l'immunité mucosale, sont des glycoprotéines dont les chaînes lourdes α sont riches en thréonine. Leur synthèse par les plasmocytes sous-muqueux est directement influencée par la disponibilité en thréonine.
Une étude de Bertrand et al. a montré que la restriction en thréonine réduit les taux de sIgA dans les sécrétions intestinales chez l'animal, compromettant la première ligne de défense immunologique de l'intestin.
Phosphorylation des protéines
Le groupement hydroxyle de la thréonine (comme la sérine) est un site de phosphorylation majeur dans la signalisation cellulaire. Les sérine/thréonine kinases (AKT, PKC, CaM kinases) régulent via ces résidus de nombreuses voies intracellulaires.
Thréonine → glycine
La thréonine est l'une des sources de glycine endogène (avec la sérine, l'hydroxyproline et le glyoxylate). La glycine est impliquée dans la synthèse du glutathion, du collagène, des sels biliaires, des purines et dans le cycle de méthylation via la SHMT (sérine hydroxyméthyltransférase).
Connexion avec le cycle folate
Via la SHMT, la glycine (issue de Thr) peut donner un carbone au tétrahydrofolate (THF) → 5,10-méthylène-THF, reliant ainsi le métabolisme de la thréonine au cycle de méthylation et à la synthèse de novo des purines.
Sources alimentaires
Teneur pour 100 g d'aliment. Source : Ciqual ANSES 2020 / USDA FoodData Central 2024.
Signes de carence et populations à risque
- Altération couche de mucus intestinal (perméabilité ↑)
- Réduction IgA sécrétoires
- Ralentissement croissance (enfant)
- 3ème AA limitant régimes végétaux céréales-dépendants
- Rare en alimentation variée
Dosages et supplémentation
| Contexte | Dose | Niveau de preuve |
|---|---|---|
| Besoins de base adulte | ~1 400 mg/j alimentaire | IOM 2005 EAR 20 mg/kg |
| Inflammation intestinale (clinique) | Apports protéiques élevés avec Thr | Consensus expert — données limitées |
| Supplément L-thréonine isolé | Non recommandé en routine | Pas de données robustes |
Interactions et cofacteurs
| Substance | Type | Mécanisme |
|---|---|---|
| Vitamine B6 (P5P) | Cofacteur thréonine aldolase | Requis pour conversion Thr → Glycine |
| Glycine | Produit / complémentaire | Thr est précurseur glycine — synergie collagène/glutathion |
| Vitamine C | Synergique collagène | Via glycine — cofacteur des hydroxylases collagène |
| Folates (B9) | Connexion cycle méthylation | Glycine issue de Thr contribue au pool C1 folate |
Recommandations pratiques
- Alimentation variée avec protéines complètes (viandes, poissons, légumineuses) — couverture automatique
- Santé intestinale : privilégier les sources riches en Thr (viandes maigres, soja) en cas de pathologie intestinale inflammatoire
- Végétaliens : soja, quinoa et lentilles comme sources — vérifier les apports en cas de régime très restrictif
- Pas de supplémentation courante recommandée — les données cliniques chez l'humain sont insuffisantes